Un contrôleur aérien et un pilote militaire ont comparu, jeudi, en appel à Aarau devant la justice militaire suite au crash mortel d'un F/A-18 en 2016 au col du Susten. L'accusation a requis contre eux des peines pécuniaires avec sursis pour homicide par négligence.
Face au Tribunal militaire d'appel 2, l'auditeur (procureur militaire) a revu ses exigences à la baisse. Il a requis 90 jours-amende à 170 francs contre le contrôleur aérien basé à Meiringen (BE) et 90 jours-amende à 150 francs contre le pilote leader de la patrouille endeuillée. En première instance, il avait encore demandé des peines d'un an et de neuf mois de prison avec sursis.
En janvier 2024, le Tribunal militaire 2 avait acquitté le pilote et condamné le contrôleur aérien de Skyguide à 60 jours-amende à 170 francs avec sursis. Ce dernier a fait appel et exige l'acquittement, de même que le pilote impliqué.
Le système radar à Meiringen a 60 ans
Le 29 août 2016, l'aiguilleur du ciel a prescrit une altitude minimale trop basse au pilote en formation, qui s'est écrasé mortellement avec son avion de chasse, sous la crête à survoler. Face aux juges, l'employé de Skyguide a invoqué une 'défaillance du système', le radar de l'aérodrome de Meiringen datant d'il y a 60 ans.
A la place de prescrire une altitude minimale de 15'000 pieds (4572 mètres), valable pour tout décollage à Meiringen (BE) en direction de l'est, le contrôleur aérien a indiqué 10'000 pieds (3048m). C'est beaucoup trop peu pour survoler les sommets entourant le col du Susten (BE/UR). Le crash est survenu à une altitude de 3319 m, onze mètres sous la crête, 58 secondes après l'indication erronée. Sa tentative de rectifier l'erreur est intervenue trop tard.
Le contrôleur admet 'une mauvaise idée'
Face aux juges, le contrôleur aérien a qualifié sa prescription d'altitude de 'mauvaise idée' et précisé qu'il avait dû prendre une décision en quelques secondes pour séparer verticalement les deux appareils qui s'approchaient l'un de l'autre. L'avion suiveur accidenté volait trop bas après le décollage et celui du pilote leader trop haut. Le F/A-18 qui s'est écrasé ne pouvait donc pas brancher son radar sur l'avion leader.
Comme le contrôleur aérien ne pouvait pas vérifier l'altitude des deux appareils sur son radar, il a dû les séparer pour empêcher une collision entre eux, a-t-il souligné. Les deux F/A-18 sont ensuite sortis du radar et du canal radio de Meiringen.
Le F/A-18 Hornet du pilote décédé lors de ce vol d'exercice s'est désintégré contre la face ouest du Hinter Tierberg. 'Tout ça ne se serait pas produit avec un radar moderne', a soutenu l'employé de Skyguide.
Pilote au courant de l'altitude prescrite
L'auditeur accuse le pilote leader de la patrouille endeuillée d'avoir violé, au décollage, les règles de précaution à l'égard de son camarade, en volant à une altitude inadaptée.
Agé de 41 ans, ce professionnel des Forces aériennes a déclaré au tribunal d'appel qu'il était au courant de l'altitude minimale de 15'000 pieds. S'il avait reçu un autre ordre, il aurait demandé une confirmation au contrôleur aérien. Les situations de vol sont 'très dynamiques' et il existe des procédures standard, a-t-il ajouté. Le jugement en appel est attendu vendredi.
/ATS